Mehmet Bazdarevic, la défaite en souriant



Au début de la saison, Mehmet Bazdarevic, l'entraîneur bosniaque d'Istres, promu en Ligue 1 pour la première fois de son histoire, estimait qu'il allait falloir que ces joueurs jouent «à 120 %» pour faire bonne figure parmi l'élite (Libération du 7 août). Après 14 journées, et à la veille de recevoir Metz, Istres n'a toujours pas remporté la moindre victoire et fait office de lanterne rouge de la L1. Bazdarevic veut continuer à y croire et balaye avec sincérité la critique : «A la place où je suis, je ne peux pas être démago. Donc je peux vous dire que face au PSG, Lyon ou Auxerre, on a fait de très bons matchs, et qu'avec une vraie expérience de la Ligue 1 on aurait même pu gagner 3-0. C'est rageant, car nous ne sommes pas récompensés. Franchement, on mérite une victoire, mais c'est aussi cela apprendre le métier.»

 «Injustice».

Le métier, pourtant, cet ancien international le connaît sur le bout des crampons pour l'avoir pratiqué pendant vingt et un ans à Sochaux, comme joueur puis comme formateur. Arrivé dans les Bouches-du-Rhône l'année passée, il a conduit Istres, à la surprise générale, vers l'élite : «Quand je suis arrivé, mon objectif était le maintien en Ligue 2 et Istres était davantage habitué à naviguer entre la deuxième et la troisième division.»

Avec un effectif renouvelé pratiquement à 100 % et des recrues «gratuites faute de moyens», le football club Istres Ouest Provence le plus petit budget de la L1 (11 millions d'euros) a dû s'adapter à son nouveau statut : «On s'organise, on compose avec nos moyens et ce n'est pas toujours simple», avoue Bazdarevic. Doux euphémisme. Ainsi, faute d'avoir un stade aux normes de la Ligue 1, le club a entrepris d'en construire un, le stade Parsemain à Fos-sur-Mer. Problème : les travaux ont été suspendus par la cour administrative d'appel de Marseille, en raison notamment de «l'absence d'étude d'impact globale». Les Istréens reçoivent donc à Nîmes : «C'est compliqué de jouer au foot sans terrain, ironise Bazdarevic. On joue nos matchs à Nîmes, mais nous n'avons pas la possibilité de nous y entraîner puisque c'est le terrain de l'équipe locale (qui évolue en National, ndlr).» Enfin, le club provençal est sous la menace d'une amende de 350 000 euros par match non joué dans le nouveau stade réclamé par la Ligue professionnelle de football (LFP).

Pas facile donc de garder le moral dans ces conditions : «On se sent un peu victime d'une injustice. Les menaces de la LFP, les travaux arrêtés, la presse qui s'interroge sur notre stade pourri et si on a vraiment l'envergure pour être en Ligue 1, ça fait beaucoup», explique Bazdarevic. Une légitimité remise en cause qui agace et interpelle l'entraîneur d'Istres : «On n'a rien volé, cette place on l'a gagnée sur le terrain. Mais aujourd'hui où tout est une question de pognon, de moyens, ça choque. Notre aventure est un beau message : le foot ne serait peut-être pas qu'une affaire de fric alors ?»

Difficile d'exister et de devoir sans cesse se justifier. D'autant plus lorsque l'on est à 35 km de Marseille, : «C'est énorme. Il faut le vivre pour le croire. Des jeunes du club viennent à l'entraînement avec le maillot de l'OM. J'ai pensé l'interdire. Pas que je n'aime pas l'OM, mais le club doit se forger une identité», résume Bazdarevic.

«Menacé par moi-même».

Une quête identitaire loin du voisin en crise perpétuelle, où les jours de l'entraîneur sont comptés. De ce point de vue-là, Istres se démarque : «J'aimerais bien être à la place de José Anigo (l'entraîneur de l'OM, ndlr) et vivre avec la même pression. Moi, je suis surtout menacé par moi-même. Vous pensez que je peux supporter longtemps de ne pas gagner ? Franchement, si quelqu'un m'assure qu'il peut faire gagner l'équipe samedi, je pars tout de suite.» Son équipe est dernière, mais son départ n'a jamais été évoqué : «En fait, les dirigeants savent que je suis un très bon entraîneur, plaisante-t-il. Mais je ne suis pas dupe, cela peut changer. Je ne m'accroche pas et si, demain, ça commence à gueuler et que nos 200 supporters se fâchent, je peux être viré. Je ne me suiciderai pas pour autant, même si j'aime ce club.»

Il l'aime sincèrement et n'aspire aujourd'hui qu'à une chose : décrocher enfin un premier succès. Pourquoi pas samedi soir face à Metz. Si c'était le cas, Mehmet Bazdarevic sait déjà comment fêter l'événement : «Je vais me saouler.»

Source : Libération

 
Page précédente

Plan du site  -  Recherche  -  Recherche sur le forum  -  Besoin d'aide ?  -  Contacts
Copyright © 2003 - 2008   www.bazdarevic.net